Coupes budgétaires attendues sur certaines formations en alternance en 2026 – Emir Deniz

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Par Emir Deniz

L’apprentissage a longtemps été présenté comme l’un des grands succès de la politique de l’emploi française. Entre 2018 et 2023, le nombre de contrats signés a triplé, dépassant le million d’entrées par an. Mais ce dynamisme, coûteux pour les finances publiques, est aujourd’hui dans le viseur du gouvernement. En 2026, des coupes budgétaires significatives sont attendues sur plusieurs dispositifs liés à la formation en alternance.

Emir Deniz suit ces évolutions de près. Après un parcours au cœur des institutions (Parlement européen, Assemblée nationale, Conseil régional de Lorraine), il a fondé l’Institut Européen des Politiques Publiques, avant de créer et développer le groupe DEFIS, aujourd’hui l’un des acteurs significatifs de la formation professionnelle en France avec 160 collaborateurs et 40 sites sur le territoire. Opérateur de formation en alternance, il est directement concerné par les arbitrages budgétaires à venir. Décryptage des enjeux.

Emir Deniz détaille ce que révèle l’objectif de réduction de la dépense publique

Le signal est clair, le budget consacré à l’apprentissage doit baisser. Les arbitrages en cours prévoient une économie de l’ordre de 1,3 milliard d’euros par rapport à 2025. Une somme considérable qui témoigne de l’ampleur du recalibrage envisagé par l’exécutif.

Cette trajectoire s’inscrit dans un contexte de consolidation des finances publiques. La dépense en faveur de l’apprentissage a explosé ces dernières années, portée notamment par la réforme de 2018 et les aides exceptionnelles mises en place pendant et après la crise sanitaire. Le gouvernement considère que certains effets d’aubaine ont conduit à financer des formations qui n’en avaient pas nécessairement besoin, et que le moment est venu de rationaliser l’ensemble du système. On peut par exemple envisager de privilégier la formation CAP petite enfance pour répondre aux besoins du secteur.

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Pour Emir Deniz, l’enjeu est de taille : comment réduire la voilure sans casser la dynamique d’un dispositif qui a démontré son efficacité sur le marché du travail ?

Analyse d’Emir Deniz sur la baisse des aides employeurs

L’une des mesures les plus attendues, et les plus redoutées, concerne les aides versées aux employeurs qui recrutent des apprentis. Depuis 2020, une aide unique à l’embauche permettait aux entreprises de percevoir jusqu’à 6 000 euros pour chaque contrat signé, quel que soit le niveau de la formation.

Ce mécanisme universel, pensé pour soutenir massivement le recours à l’apprentissage, devrait être profondément revu. Les pistes évoquées prévoient une réservation de l’aide aux contrats de niveau inférieur ou égal au baccalauréat, laissant les formations de niveau supérieur, à savoir les BTS, licences professionnelles et masters, sans soutien automatique à l’embauche.

Pour les TPE et PME, qui constituent l’essentiel des employeurs d’apprentis, cette suppression ou cette réduction représente un coût réel. Certaines d’entre elles pourraient simplement renoncer à recruter un alternant si l’équation économique n’est plus viable. C’est l’un des scénarios que redoutent les organisations patronales et les branches professionnelles.

Le regard d’Emir Deniz sur les formations concernées sur la révision des niveaux de prise en charge

Parallèlement aux aides employeurs, c’est le financement des formations elles-mêmes qui est susceptible d’être revu. Les niveaux de prise en charge (NPEC), fixés par les branches professionnelles et validés par France Compétences, déterminent le montant versé aux centres de formation d’apprentis (CFA) pour chaque contrat.

Depuis plusieurs années, France Compétences mène un travail de réduction de ces niveaux, jugés parfois trop élevés au regard du coût réel des formations. En 2026, ce mouvement devrait s’accélérer, avec des baisses ciblées sur certaines filières, notamment dans les domaines du numérique, du commerce et de la gestion, qui ont connu une expansion rapide ces dernières années.

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Pour les CFA qui se sont développés sur le segment des formations bac+2 à bac+5, la diminution des NPEC peut rapidement mettre en péril leur modèle économique. Moins de ressources par contrat signé signifie soit une réduction de la qualité pédagogique, soit une augmentation des frais de scolarité pour les étudiants et les entreprises, soit, dans les cas les plus critiques, une fermeture pure et simple de certaines formations.

Le risque social pointé par Emir Deniz

Au-delà des équilibres financiers, les coupes budgétaires font peser un risque social important, que les défenseurs de l’apprentissage sont nombreux à souligner. Si les employeurs réduisent leurs recrutements d’alternants et si certains CFA ferment des filières, ce sont d’abord les profils les plus vulnérables qui en feront les frais.

Les jeunes peu qualifiés, ceux issus de territoires éloignés de l’emploi, ceux qui n’ont pas les codes pour intégrer les grandes entreprises et qui trouvent dans l’apprentissage une voie d’insertion concrète, tous risquent de se retrouver face à une offre réduite. Or, c’est précisément pour ces publics que l’aide à l’apprentissage 2025 a prouvé son efficacité, avec des taux d’insertion à l’emploi nettement supérieurs à ceux des voies scolaires classiques.

Le paradoxe est cruel, au moment où l’alternance est reconnue comme un levier puissant d’inclusion et de montée en compétences, les arbitrages budgétaires pourraient en restreindre l’accès aux jeunes qui en ont le plus besoin. Certaines structures proposent des formation de formateur pour répondre à cet enjeu.

Emir Deniz face aux inquiétudes des CFA et des branches professionnelles

Du côté des acteurs du terrain, la grogne est perceptible. Les centres de formation d’apprentis multiplient les alertes, rappelant qu’un grand nombre d’entre eux fonctionnent déjà avec des marges très étroites. Une baisse supplémentaire des niveaux de prise en charge, combinée à une chute du nombre de contrats, pourrait précipiter des fermetures en cascade.

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Les branches professionnelles, de leur côté, s’inquiètent de la capacité à maintenir une offre de formation cohérente sur l’ensemble du territoire. La formation reste un rempart pour certaines filières en tension telles que la restauration, le BTP, les métiers de soin ou encore d’aide à la personne, autant de métiers qui nécessitent un vivier d’apprentis formés pour répondre aux besoins des entreprises. Si l’écosystème se grippe, c’est toute une chaîne de compétences qui peut se retrouver fragilisée.

Les négociations avec le gouvernement se poursuivent, mais le calendrier est serré. Les nouvelles modalités de financement doivent être arrêtées avant la rentrée 2026. Pour Emir Deniz, le dossier illustre une tension profonde entre la nécessité de maîtriser les dépenses publiques et l’impératif de ne pas sacrifier un dispositif qui a transformé le paysage de la formation professionnelle en France.

L’apprentissage a mis des années à gagner la confiance des employeurs, des jeunes et des familles. Quelques trimestres suffisent pour éroder ce capital de confiance. C’est peut-être la donnée la plus importante que les décideurs auraient intérêt à garder à l’esprit, au moment où ils tracent les nouvelles lignes budgétaires.